"Je voudrais pas crever un dimanche."
Il n'y a pas beaucoup de fenêtres éclairées. Certaines sont juste un peu bleues, à cause des postes de télévision qui s'activent sans cesse devant les fauteuils vides. On dirait presque qu'une vague translucide a submergé les rues, emportant avec elle le reste du monde. Mon âme est informe, inconsistante, amorphe. Le Monde a des courbatures dans les jambes.
Il y a les rideaux lourds qui cachent la nuit sombre - dedans, dehors, partout.
"Et puis moi, je broie du noir, du noir en dedans."
Bien sûr, il faudrait mettre un peu de jazz. Quelque chose qui ait de l'entrain. Seulement, il faut des éléments tragiques. Nuit, pluie, dernier métro. Ballade russe d'un poète juif.
Non, décidément, ce soir Armstrong ne sera pas.
On pense au lundi. Train vide et ciel blanc. Cours, paroles, réponses, questions, affirmations, questions, raisonnements. Juste assez pour faire comme si on y était. Alors qu'en fait on est loin, très loin. On est mardi. Mercredi. Jeudi. Dimanche. Jeudi. Mercredi. Mardi. Janvier. Aout. Octobre. On est
Nevsky prospekt, Léningrad, 1956. On est en avant
kommunizn caput
kapitalizm. Tourne, tourne. Reviens là où tu n'as jamais été et ne seras jamais. Tombe, tombe. 22 heures 34: fin du communisme.
Tu penses aux types qui ont démolli le grand mur, là-bas, de l'autre coté de l'écran, sur ARTE.
Tu penses au pauvre lieutenant qui ne sait pas encore que c'est fini,
kommunizm, et qui nettoie ses médailles sur son lit d'hopital.
Tu te dis qu'est-ce qu'ils comprennent les dépressifs qui regardent ça en mangeant du pudding instantané, qu'est-ce qu'ils savent du monde. Incubus. Drive drive.
Tu te dis: juste pour pouvoir penser un peu à tout ça, je voudrais pas crever un dimanche.
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