Samedi 19 février 2005
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Le jour se lève encore sur la planète France. Sept heures cinq. Doo doo doo doo, doo doo doo doo. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, ceci n'est pas une suite de sympathiques onomatopées visant à retranscrire le chant d'un magnifique rossignol matinal. Premièrement, les rossignols, j'en ai jamais vu de toute ma vie. Pour commencer, j'aime pas les oiseaux. Merci Hitch'. Après ce film, j'ai passé deux mois à hurler "on va tous mourir" quand un moineau passait au-dessus de moi. Space. Et deuxièmement... sais plus. Le pire, c'est la lumière dans le couloir. Et le froid qui vient sous la couverture. Associés, c'est très "brrr". "Brrr", ça veut dire désagréable. Plus il ya de "rrrrr", plus le niveau de désagrément augmente. Et je vous interdis de vous moquer de mon accent parisiano-slave. Bref. Mission impossible III - trouver des vêtements passables dans le noir le plus complet, total et inimaginable. C'est là qu'on se rend compte qu'un nokia peut aussi servir de lampe-torche. Toujours dans le noir, je cherche mes bouquins de cours et autres cahiers, fourre le tout dans cette chose informe qu'on appelle sac à dos et jette mon oeuvre d'art dans un coin. Je vous dispense de la demie-heure "habillage - brossage de dents - petit déjeuner". Oui, même les maîtres du monde ont des trucs à cacher.
Dans un instant d'oubli, je regarde l'une des dix horloges de la maison et - que vois-je ! - l'heure est venue pour moi de galoper vers les vallées merveilleuses et lointaines du RER. Ma génitrice m'intercèpte, demande d'un air suspicieux si j'ai mangé, je me baisse, tourne à 180°, me relève, accelère, cours et slalome jusqu'à l'ascenceur. Là, je tente un rapide coiffage, façon Travolta dans Grease, face à la vieille vitre jaunie. Y a pas à dire, c'est bien, les cheveux courts.
Bon, descente rapide de l'avenue. Entre deux passants, je croise le derrière d'un travesti habillé en écolière anglaise. Sans commentaires. Tout près de la gare, il y a un petit monsieur en bleu marine qui tient la main de sa femme. Lui, c'est mon dieu Chronos local. Ca veut dire que je viens de louper le train de cinquante-quatre. Sur le quai, le peuple rouspeteur s'entasse. Quelque part dans les haut-parleurs, Céline Dion nous annonce qu'elle nous aime encore.
Comme d'habitude, le train que tout le monde attend ne viendra pas. Il ne vient jamais. Un jour, quand je marchais, je pensais à ce fameux train. Et si c'était simplement la réincarnation d'un grand vaisseau oublié au fin fond de l'Atlantique, et que le conducteur était un vieux pirate du XIXème revenu hanter les terres de Bonaparte ? Ca ne peut être que ça.
Je serai une fois de plus en retard. Mais, au fond, ce n'est pas si mal, parce que le vendredi on a deux heures d'histoire et qu'on ne fait que parler de Staline. Soudain, un bruit énorme... Pour la première fois de son existence, le train n'a pas de retard.
Je sais bien qu'on ne peut pas être heureux à 100 %. Je ne connais personne qui soit totalement heureux.Mais aujourd'hui, le 8 h 03 est arrivé pile à l'heure. Ni avant, ni après, juste dans cette indéfinissable minute qui fait que c'est lui, mon train fantôme, et pas un autre.
C'est impossible d'avoir le bonheur parfait. C'est écrit dans tous les livres, noir sur blanc, en grec et en latin. On ne peut pas être heureux à 100 %. Pas à notre époque.
"Beatus esse sine virtute nemo potest".... Mais c'était quand même drôlement bien essayé.
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