Légendes


XII... quoi, au juste ?

- Apôtres du Christ
- Coups de minuit
- Mois
- Chevaliers de la Table Ronde
- Travaux d'Hercule
- Signes du zodiaque
- Tribus d'Israël
- Césars

- The Twelfth night (Shakespeare)
- "Douze" (poème de A. Blok)
- 4 x 3
- Douze raisons, avec celle-ci :p

Lundi 7 mars 2005

Il fait froid.
Tu dis il fait sombre ce soir, avec tous ces gens qui s'agitent et qui cachent la lumière de la lune. Il te serre la main en silence, ou peut-être qu'il a murmuré quelque chose, avant, mais tu n'as pas vraiment écouté, tu étais trop occupée à sentir la tiédeur de sa peau contre la tienne.
Tu dis on est presque arrivés, et en même temps tu penses à un vieux château perché au bout du monde, au bord d'une mer inconnue, même si ça n'a pas vraiment de lien à avec ce qui t'entoure, à cette seconde précise de ton existence.
Tu dis je t'aime avec les yeux, mais il a tourné la tête pour voir quelque chose dans la rue. Alors tu continues à marcher droit devant toi.
Tu repenses au château, qui devrait être situé dans un pays très froid, finalement, pour que les arbres soient des gardes de glace millénaires.
Il dit à quoi tu penses, tu réponds à rien, tu corriges, tu dis tout ça, c'est mièvre, quand on y réflechit un peu. Il sourit.
Tu dis je t'aime avec ta bouche.
Tu dis je t'aime avec tes mains.
Tu dis je t'aime.
Je t'aime.
Je t'aime.
Je t'aime.

Par Elisabeth Smulskaïa - Publié dans : Fragments (chronique)
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Lundi 7 mars 2005
Petite improvisation en cours de russe sur le thème "Je suis un lecteur".

Je suis devenue un lectrice "consciente" - vers l'âge de huit ans. Bien sûr, il faut comprendre le sens de ce mot, "consciente". Trouver une oeuvre littéraires, tenter de la comprendre, "l'entrailler" au plus profond de moi, m'y plonger jusqu'au bout - et ne pas le trouver, parce qu'il y aura toujours un mot trompeur quelque part - mais recommencer, sentimentaliser, rationaliser sans cesse, jusqu'à en arracher chaque lettre typographique - cette passion m'est venue bien plus tard, lorsque j'ai moi-même commencé à écrire. J'ai compris - et ce fut un bouleversement assez conséquent dans ma vie de garçon manqué ordinaire - que les mots possédaient une force sans précédent, bien plus que les pistolets en plastique et les insignes de l'armée rouge. Lorsque j'écris, le monde moderne qui m'entoure disparaît; mon âme s'engouffre dans les profondeurs mêmes du sentiment humain. Parfois, il me semble que l'Homme ne peut atteindre les cieux de son être qu'en créant.

A l'habituelle question du livre préferé, je ne peux toujours pas répondre catégoriquement. Une oeuvre n'est jamais qu'un millième de l'auteur.
Néanmoins, la période Romantique m'apparaît être, à cet instant précis de ma vie, la plus prenante. Malheureusement, ce genre est à présent relégué au rang de "descriptions sucrées d'une époque oubliée"; le terme même, depuis quelques années, est pratiquement devenu péjoratif.

Les gens, et à fortiori les jeunes gens, ne voient pas toute la sombre et absolue beauté des vers de Lermontov, Byron ou Victor Hugo...

(...)

Par Elisabeth Smulskaïa - Publié dans : Fragments (chronique)
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Vendredi 4 mars 2005
 

Je suis belle, ô mortels ! comme une rêve de pierre
Et mon sein, où chacun se meurtrit tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Eternel et muet ainsi que la matière.

Je trône dans l'azur comme un sphynx incompris;
J'unis un coeur de neige à la blancheur des cygnes;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments
Consumeront leurs jours en d'amères études;

Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles:
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !

Charles Baudelaire

 

Par Elisabeth Smulskaïa - Publié dans : Echos (l'Autre)
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander
Jeudi 3 mars 2005
Claire Chazal avait presque raison, hier soir, en parlant des grèves. Sauf qu'elle a oublié de préciser que la ligne C serait perturbée aussi. Vous me direz, j'aurais dû le savoir, après tout, on sait tous que la ligne C tient particulièrement à ses droits syndicaux. Même.
Je n'ai rien contre la neige en soit. Je suis russe. Je ne peux pas être contre. Mais, doux jésus, pas en tant de grève.
Tout a commencé le matin. Je suis sortie, il y avait du verglas, c'était moche mais passable.
J'ai pris le train de 8 heures 06, façon sardine égarée dans un bocal de cornichons périmés. J'ai dû sortir une station plus tôt que prévu, celle avec des créatures marines un peu partout, celle qui réveille en moi des envies de meurtres compulsifs. Mais je n'allais pas laisser passer ça comme ça. J'ai exigé un mot de retard au guichet. La fille m'a bien signifié que les grèves avaient été annoncées aux infos hier soir. Je lui ai bien signifié, à mon tour, que j'ai l'immense honneur de fréquenter des professeurs ignards incapables de comprendre les déambulations de Tinky Winky un samedi matin.
Il y avait de la neige partout, près de la fac Dauphine, alors j'ai marché un peu jusqu'à l'arrêt de bus. Là, le panneau des horaires était mort, j'ai attendu dans le vide. Six minutes de vide. Je devais passer seulement un arrêt, mais la conductrice l'a tout bonnement ignoré. Le boulevard était trop glissant pour mes petites chaussures de business woman, j'ai contourné un stade gelé pour passer du coté du Bois de Boulogne, là où il y avait une belle couche de neige. Enfin, j'étais au lycée.
Ce fut un désastre.
Cheveux mouillés couverts de neige, manteau à moitié transparent tellement il était trempé, souffle saccadé et tentative pitoyable de prononcer le mot "grève" en agitant d'une mimine tremblante le mot de retard de dame sncf devant un quizaine de boutonneux attardés.
Mon prof d'histoire était mort de rire, par contre.
Gagarine s'envolait vers les étoiles, et moi, j'étais la preuve par A + B que le capitalisme est un système totalement inadapté aux normes humanistes modernes.

Je vous avais bien dit que la neige était une invention soviétique.


Par Elisabeth Smulskaïa - Publié dans : Fragments (chronique)
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus